Et Thot créa le monde par le verbe

 

Le dieu égyptien de la connaissance est Toth, qui est soit un babouin Hamadryas, soit un homme à tête d’Ibis. C’est le chef des scribes, celui qui a inventé les mots.

Il est curieux que ce singe assez vilain de tête, un peu une tête de cochon, en beaucoup plus moche, ait été investi d’une aussi grande responsabilité. Mais bon, le pelage du mâle est somptueux, et après tout, c’est le seul singe qui a réussi à survivre dans les déserts rocailleux du Sud Est africain: il mange les scorpions, ça peut inspirer le respect.

Le mâle règne sur un petit harem, il est bien plus gros que les femelles, et pas très prévenant à leur égard; les femelles sont d’une servilité à toute épreuve. Elles passent une bonne partie de leur temps à tripoter le pelage du maître, sans doute pour l’épouiller, mais pas que: on pourrait les appeler les lèche fourrure, c’est ce que les éthologues appellent le grooming, dans un sens large d' "entretien de bonnes relations".

Quant à l’homme à tête d’Ibis, oiseau sacré, il est bien plus élégant, aérien; on l’imagine bien mieux s’emparer des mots, au fil de  ses envols, et en combler les hommes de leurs  bienfaits.

Il est représenté ici avec l’oeil d’Horus, l’oeil de lynx, le Dieu à la vue perçante du faucon.

Cette divinité  est très ancienne, multicartes. Mais c’est quand même Toth qui a  redonné la vue à son oeil gauche crevé.

Toth, avec ses mots, crée, modèle notre environnement humain: les grecs en font en ce moment la douloureuse expérience: leurs écrits sont mauvais, leurs comptes ne sont pas bons. Pour leur apprendre les bons mots, et les bons comptes, les économistes en chef ont consulté leurs écrits, sondé leurs expériences, inutiles d’ailleurs dans ce cas là; il faut les paupériser un bon coup, qu’ils apprennent la valeur de nos mots, qu’ils se souviennent ce que parler veut dire.

Et pourtant… à voir cette violente remise à zéro des comptes, on est saisi d’un doute. Priver les grecs de médecine, ne plus chauffer l’eau des piscines, appauvrir les plus pauvres, autoriser la vente de denrées contaminées, mutiler les écoles, est-ce le bon choix?

Rendre « l’économie grecque plus compétitive », ce pays n’ayant pas d’industrie, et n’en ayant jamais eue, sont-ce les bons mots?

En traversant la Méditerranée, ce dieu là est devenu Hermès en Grèce, dans les temps anciens. Puisse-t-il inspirer la toute puissante troïka, malade du privilège de transformer les mots et les chiffres en armes.