Ignace, un restaurateur révolutionnaire

 

La plupart des animaux sont propres, propres d’instinct. Certains même passeraient pour maniaques, au mieux méticuleux, au pire vétilleux. Observer une mouche, ou un piaf faire sa toilette, et on a vite fait des complexes. Le vol insecte ou aviaire ne s’accommode guère de surcharges ou frottements indésirables, me direz vous, mais même les singes nos cousins, qui ne volent guère, passent un temps considérable  à s’astiquer le pelage. L’épouillage même est inscrit dans leur socialité.

Quelques animaux paraissent négligés, mais leur saleté  s’inscrit dans des attitudes de défense diverses: le hérisson par exemple grouille de vermine, mais c’est l’inconfort à supporter pour vivre armé de piques protectrices.

Tout au long de leur évolution, les hommes ont pu abandonner cette propreté fondamentale;  suivant les écologies locales, les chocs et les mélanges de cultures et de comportements, ils ont  créé une myriade de langages, de traditions qui en ont fait des multitudes de  peuples singuliers…

L’occident s’est globalement enfoncé dans la peur du savon depuis de nombreux siècles. Rome avait laissé pourtant de multiples traces d’un civilisation amatrice de bains, le « mens sano in corpore sano », la Grèce également.

Le XIX siècle est un tournant, un chambardement  en Europe et il est bien naturel de faire d’Ignace le symbole de ce renouveau. Ignace Semmelweis bien sûr, ce médecin autrichien qui se battit toute sa vie pour montrer à ses contemporains la  nécessité du lavage des mains pour approcher ses malades et accoucher les femmes.

Son observation initiale était très simple: dans un service où seules les sage femmes opéraient, les infections étaient bien moins fréquentes que dans celui où les médecins travaillaient. Ces médecins, souvent des étudiants, commençaient leurs journées par des dissections sur cadavre, s’essuyaient les mains à l’arrache sur des blouses souvent douteuses, et continuaient en accouchant les femmes. En demandant aux accoucheurs un simple un lavage de mains soigneux à chaque intervention, il obtint des résultats spectaculaires rapidement.

En France, c’est Céline, médecin, paranoïaque, antisémite, écrivain hors pair, qui l’a fait découvrir au monde médical en le choisissant comme sujet de thèse. Ignace est mort dans « un asile de fous », vocabulaire de l’époque désignant l’hôpital psychiâtrique. La restauration de la propreté lui avait coûté la santé mentale.