Il ne restait plus que trois pelés & un tondu

 
 Les bonnes soeurs et les enfants teigneux.

Les bonnes soeurs et les enfants teigneux.

A l’origine ce cette expression, les pelés étaient des teigneux. Les teigneux étaient des malades de la chevelure. La médecine les a fait disparaître dans nos pays, mais ils ont laissé deux mots à la langue française.

La tignasse du teigneux était son calvaire, son chemin de croix. Elle se remarquait par son aspect dégoutant, et l’odeur de pisse de souris qu’elle dégageait. Quand les poux s’y vautraient, c’était l’horreur. La peur de la contagion en faisait les premiers exclus parmi les scrofuleux, les morveux et les galeux, les miteux et les lépreux.

Les pauvres enfants atteints de cette malédiction étaient marginalisés, et l’école n’en voulait pas. Une vraie teigne ! Collant comme une teigne, c’est une vieille expression. Pour désigner l’homme, on y a ensuite ajouté de la hargne… et donc de la constance dans cette méchanceté.

Les teigneux souffraient donc de la teigne, un champignon pouvant se nourrir de la kératine, protéine solide de nos poils, de nos cheveux et de notre peau. Avant le XIX ème siècle, la médecine était bien démunie : on épilait, de manière plus au moins violente, parfois même barbare, puis on traitait, des années…

Quelquefois, la guérison était là, et la boule était à zéro. A la fin du XIX ième siècle, la république veut prendre en charge ses enfants déshérités. Des classes pour teigneux sont créées un peu partout, ces petits martyrs sont enfin soignés par le monde médical.

Un médecin vendéen, sur les pas de Louis Pasteur, pointe son microscope sur ces cheveux là, et se met à cultiver leurs champignons. Il laissera son nom au milieu encore utilisé pour les faire fructifier, et donc les nommer : le milieu de Sabouraud.

En 1904, il publie  « La guérison de cent teigneux », article qui fera rapidement le tour de la planète médicale. Les rayons de monsieur Röntgen, comme on dit à l’époque, sont mis en action sur la  tête de enfants : en une semaine, l’épilation est achevée, et les traitements locaux peuvent achever la désinfection ; en trois mois, la teigne est vaincue.

 Traitement historique de la teigne.

Traitement historique de la teigne.

Le maniement des rayons X était délicat, et fut arrêté vers les années 1960, à la suite de la découverte d’un antibiotique efficace, la griséofulvine mise à la disposition des médecins vers 1950. Parfois trente ans après l’irradiation, les anciens teigneux développaient des cancers de la thyroïde, ou du cerveau, des leucémies, c’est un chapitre noir de cette médecine balbutiante.

 

PS : A cette époque des grandes découvertes microbiologistes, les scientifiques bénéficiaient d’un parcours moins formaté qu’aujourd’hui . Ils étaient en général issus d’une formation où les arts, l’étude du français étaient aussi importants que celle de la »science ». Ils avaient suivi « leurs humanités », suivant l’expression de l’époque. Louis Pasteur était un très bon dessinateur, et Raymond Sabouraud un excellent sculpteur. Certaines de ses oeuvres sont encore bien vendues de nos jours.