L'aptitude au mensonge

 
  Un enfant de Minamata

 Un enfant de Minamata

Cette photo poignante n’a jamais beaucoup ému le gouvernement japonais, ni les dirigeants de la firme Chisso. Elle a été prise par le journaliste américain Eugène Smith accompagné de sa femme au Japon en 1970. Il dévoilait ainsi au monde le drame de Minamata, C’est en 1956 que le mercure déversé par cette usine chimique dans la belle bleue fut à l’origine d’une épidémie de gravissimes intoxications. Une chape de plomb s’abattit sur Minamata. Et avec un peu d’argent, suprême alchimie, le silence fut d’or. Médecins, chercheurs, responsables…Leurs mots s’éteignirent. L’omerta fut générale. 

En 1969, le docteur Hosakawa sur son lit de mort révéla l’ensemble du dossier.

L’année 1975 connut encore 140 décès dûs à la consommation locale de poissons, malgré plusieurs années d’arrêt de cette pollution massive. « L’honneur japonais » y fut pour beaucoup ; les dizaines de milliers de victimes ont été ostracisées, elles gênaient   « la grande marche en avant vers le progrès ».

Et c’est faute de combattants que se clôt le chapitre judiciaire en 2010. Ces galeux, ces pestiférés,  ont su être habilement marginalisés aux yeux de l’opinion publique japonaise. L’individu et son destin ne pèsent rien en face de la fierté japonaise.  16700 euros seront attribués à chaque victime et une pension mensuelle de 135 euros leur sera donnée…L’honneur français est sans doute encore plus prégnant ; alors que le dossier amiante est argumenté depuis 1906, les demandes des travailleurs victimes de l’amiante ne sont pas encore traitées dignement.

Mentir est apparemment aussi facile que de croire les nombreux intervenants, faussaires à l’aplomb d’acier.