Roueries & menteries

 
 Vache broutant couchée.

Vache broutant couchée.

On parlait parfois d’un paysan madré, voire roué. 

Madré, c’était rusé. Roué, c’était moins drôle, c’était sans scrupules.

Tout au long de l’histoire, le paysan européen a trouvé sur son chemin plus madré,  et assurément plus roué. 

A la fin du XXième siècle s’est dressé devant lui un redoutable quatuor.

L’économiste, qui d’un coup de baguette pas magique, l’a transformé en UTH, unité de travail humain. On trouve maintenant des 3/4 d’agriculteur; on ne sait pas si on parle en mètre ou en kilo. 

L’économiste traque avec ferveur l’UTH, chanceux qu’il est de trouver dans ses intenses cogitations des automates, des machines dont la puissance augmente… Le robot est adulé, le travail humain suspect.

Le commerçant, organisé en puissant lobby, qui a fait croire que « c’était moins cher » dans les grandes surfaces. C’est bien entendu faux, ce sont sur les marchés que les choix sont les plus variés, et les prix les plus bas.

Le publicitaire, qui en quarante ans, a orienté le consommateur vers les produits « les plus margeux ». Il apprend à l’école « à laver les cerveaux » et dès son premier emploi, vérifie la puissance incroyable de la pub. Le « moulé à la louche » fait même rigoler Lactalis.

Docteur Pangloss, le scientifique, qui, en blouse blanche, peut raconter des âneries en toute candeur, (le candide c’est la blancheur) et dans le domaine alimentaire, il ne s’en prive pas…

Le plus souvent moyennant monnaies sonnantes et trébuchantes, ou simple congrès organisé « dans un royaume paradisiaque ».

Cette bande organisée sème la terreur dans le monde rural, à l’instar des Dalton. Ils n’ont de cesse de supprimer l’emploi agricole, exècrent la dimension artisanale, donc humaine de tous ces métiers.

Ils ont voulu faire croire à tout le monde que le lait cru était dangereux, et nombreux sont ceux qui sont tombés dans le panneau ! Ils ont fait croire qu’industrie=propre et que paysan=sale!!!!
Toute la filière de transformation met en avant le stérile, le clinique, le karchérisé.

Pour faire un fromage avec du lait stérile, il faut donc réintroduire des ferments, standardisés, produits en laboratoire.

Le seul qui ne risque pas de frayer avec ces bandits est l’amateur d’effluves, la fine gueule, le professionnel des saveurs, l’inconditionnel de l’art cullinaire qui voit, malheureux,  se répandre « la mal bouffe ».

Le médecin roué se frotte les mains: plus d’allergies, plus de maladies inflammatoires de l’intestin,
plus de maladies de tout acabit.

Des équipes ont montré pourtant que le lait cru se contaminait moins que le lait pasteurisé, car il possède en fait des propriétés anti microbiennes… Bien sûr, ces défenses peuvent être mises à défaut par une mauvaise hygiène.

Mais ensemencez du lait cru avec de la Listeria, cette dernière aura bien du mal à se développer; contrairement au lait pasteurisé, qui s’avère être un bon milieu de culture. Ensemencez du lait cru avec des Campylobacter donnera les mêmes résultats avec même un plus : à 21 °C, le Campylo disparaîtra en 48 heures.

Les rares incidents de contamination se passent après la pasteurisation, et c’est pour ça qu’on ne peut pas incriminer le lait cru a priori.

Pour  les hésitants, il y a deux bonnes raisons de se régaler des fromages au lait cru sans arrière pensée :
-les producteurs sont soumis à un cahier des charges drastique
-les contrôles sont  nombreux, à tous les échelons de la fabrication,
ils se sont grandement améliorés techniquement et peuvent maintenant « rattraper  » une éventuelle et rarissime contamination.

C’est ainsi qu’en quelques dizaines d’années, la tuberculose bovine a quasiment disparu, il est vrai du fait d’ un travail vétérinaire considérable, et tenace. La brucellose a suivi la même décroissance dans les pays développés.

Les amateurs de Camembert plâtreux et sans saveur sont bien soutenus: le groupe Lactalis, qui a phagocyté le fromage Lepetit, fleuron du fromage français, pousse à la modification de l’AOC normand. Le Lanquetot y est passé aussi, maintenant 90 % des claquos sont industriels, au pauvre goût et sans odeur…

Ces destructeurs de saveur sont bien madrés et roués!

 

 

PS :  Les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées, les enfants de moins de trois ans,  peuvent éviter ces produits, par « principe de précaution ».