Un héroïque recyclage
Bien avant 1940, de nombreux savants avaient remarqué l’intérêt des moisissures pour arrêter la croissance bactérienne. En 1897, Ernest Duchesne montre qu’une injection de Penicillium glaucum sauve de la typhoïde, maladie bactérienne très répandue à l’époque, le plus souvent due à une eau souillée. Ce champignon salvateur est un frère des Penicillium nécessaires à la fabrication du Camembert, comme du Roquefort.
Et même en médecine populaire empirique, les infections étaient parfois traitées par des produits moisis, et ceci dans de nombreuses régions du monde.
Il revient à Alexander Fleming le mérite d’avoir voulu extraire un principe actif de ces Penicillium et de le tester.
Mais tous ses essais furent vains.
Une dizaine d’années plus tard, c’est Howard Florey, un médecin d’origine germanique, et Ernst Boris Chain, biochimiste australien, qui les premiers allèrent jusqu’au bout de la démarche. Juif, Howard Florey avait fui l’Allemagne Nazie en 1933. Tous les essais sur animaux furent concluants, ils avaient donc réussi à extraire un principe actif antibactérien, en fait une forme stable de la merveilleuse pénicilline.
Le premier patient traité fut un policier qui s’était griffé la lèvre avec une épine de rosier. C’était en 1941. Malheureusement pour lui, l’infection s’était installée, une staphylococcie maligne de la face, redoutable. Les médecins disposaient de très peu d’antibiotique, extrait des cultures du champignon. Ils l’injectaient, et le récupéraient dans les urines du patient, pour lui réinjecter. Ce ne fut malheureusement pas suffisant, et après une spectaculaire régression, les quantités s’avérèrent insuffisantes, la personne décéda.
Mais les médecins avaient vu l’impensable, ils continuèrent leurs essais sur les enfants, ce qui nécessitait des quantités moindres d’antibiotique. La pénicilline était là aussi récupérée dans les urines.
La réussite fut éclatante. Nul ne peut imaginer le bonheur de ces médecins.
Quelques mois plus tard, de véritables usines furent construites aux USA, et les quantités furent suffisantes pour soigner les blessés de guerre.
A cette époque, certains reprochèrent à ces médecins, ainsi qu’aux vaccinologues, d’avoir permis une terrible expansion démographique, ayant mis à mal une « régulation » ancestrale brutale, mais efficace, de la galopante natalité humaine. Curieusement Howard Florey se sentit concerné par ces critiques, meurtri même, et plus tard se fit un ardent défenseur des méthodes contraceptives.



