Un chirurgien fabriquant de barrières
Un original : Joseph Lister est moins connu que la Listeria, bactérie qui a ruiné la réputation de certains fromages, mais qui nous rappelle sa mémoire. Fils de JJ Lister, un microscopiste pionnier en Grande Bretagne, il fut nommé à la tête d’un service d’amputation. C’était alors la seule méthode employée pour prévenir la généralisation de l’infection chez les traumatisés des membres. La mortalité était passée en gros de 60 % à 40 % dans ces services.
Chirurgien hors du commun, il comprend avec d’autres que la propreté, puis ce qu’il appelle l’antisepsie sont les pivots de la lutte contre l’infection. Jusqu’à lors, les médecins considéraient avec bienveillance l’apparition des pus, des « sanies ». Elles étaient considérées comme un facteur possible de guérison !
Mis au courant des travaux de Pasteur, il se persuade que l’infection de la plaie chirurgicale tient à de « minuscules organismes flottants ». Un article d’hygiène publique publié en Allemagne attire alors son attention. Les épandages des boues issues des égouts sur les champs étaient mis en cause dans l’apparition de problèmes sanitaires du cheptel. Des scientifiques décidèrent de traiter ces surfaces par des dérivés phénoliques. Cet assainissement « béton » (!) fit disparaître les maladies du bétail. Lister décide alors de travailler avec des compresses imbibées de solution phéniquée. Il désinfecte aussi tout le petit matériel médical. C’est en 1865 qu’il obtient ses premiers résultats, et en 1867 qu’il publie dans le « Lancet ».
Opiniâtre dans sa démarche, il va jusqu’à faire vaporiser dans l’atmosphère, et sur son champ opératoire, de la solution phéniquée, qu’on appelle phénol aujourd’hui. Très irritant, on imagine volontiers l’état des yeux des opérateurs !
C’est à ce prix qu’il eu l’immense bonheur de voir la mortalité par septicémie passer de 40 à 15 %, puis moins encore quand la technique s’affina.
Les chirurgiens français ne furent convaincus que vers 1880, un peu tard sans doute, après la guerre de 1870, où 10000 soldats moururent d’amputation à la suite de 13000 opérations.

